Compte-rendu de la soirée « Grand Paris, que restera t-il des classes populaires ? », par Samuel Léon

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Le 29 janvier dernier, l’association Les Oranges s’interrogeait à Nanterre sur le devenir des quartiers populaires à l’heure du Grand Paris. Vont-ils se maintenir ? Et si oui, à quel prix ? La métropole du Grand Paris ne va-t-elle pas les repousser encore plus loin du cœur de la capitale qu’ils ne le sont aujourd’hui ?

En présence d’Anne Clerval, géographe spécialiste de la gentrification ; Olivier Lecour Grandmaison, historien ; Jean-Pierre Garnier, sociologue et François Cocq, conseiller municipal à Champigny-sur-Marne (94), les participants ont porté un regard critique sur la situation actuelle et les perspectives à venir.

La métropole du Grand Paris se donne pour volonté d’ancrer pleinement la région parisienne dans les dynamiques de la mondialisation et de la métropolisation. Qui dit métropolisation dit politique visant à capter un certain type d’investissement et de population. Il s’agit de mettre en œuvre les conditions qui favorisent l’attractivité et la compétitivité des territoires. Le Paris intra-muros est aujourd’hui devenu trop étroit pour cela, d’où la nécessité d’intégrer les espaces périphériques dans la réflexion. Selon le sociologue J.-P. Garnier, le risque d’un projet comme le Grand Paris est alors de voir les quartiers aujourd’hui populaires remplacés par « des quartiers accueillant des activités stratégiques permettant le développement du capitalisme et des rapports sociaux de domination ». Autrement dit, avec le Grand Paris, les quartiers populaires seront remplacés et déplacés.

Appuyant cette analyse, Anne Clerval voit dans le Grand Paris un levier important en faveur de la gentrification des quartiers populaires. En faisant par exemple de la mixité sociale un principe incontournable, le Grand Paris favorise notamment le changement de la composition socio-démographique des quartiers populaires, sans pour autant que celle des quartiers plus aisés le soit également. Ceci devrait particulièrement s’observer dans les quartiers de gare du Grand Paris Express (GPE), aménagés en grande partie par les grands groupes immobiliers privés, porteurs d’intérêts contraires à ceux des classes les plus populaires (construction de logements les plus rentables possible). De l’avis des tous les participants, le Grand Paris devrait favoriser un mode de production capitaliste et privé de la ville, l’éloignant d’une appropriation populaire et du « droit à la ville » pourtant aujourd’hui vanté.

François Cocq a tenté de replacer le débat dans le contexte de la réforme territoriale. L’élu voit dans le transfert de compétences aux instances métropolitaines telles que la Métropole du Grand Paris un outil qui éloignera le corps citoyen du débat public et des décisions importantes, tout en rapprochant celles-ci des intérêts des grands groupes privés. Par un détour historique, Olivier Lecour Grandmaison, juge que cette situation fait tout simplement échos à un mode de gestion historiquement colonial et autoritaire des populations habitant dans les quartiers populaires.

Dans ce contexte, les interrogations de la salle ont porté sur le rôle des pouvoirs publics dans la gestion des dynamiques annoncées. Si comme cela a pu être le cas dans le Paris intra-muros l’action des pouvoirs publics semble plutôt favoriser la disparition des quartiers populaires, alors le maintien et l’affirmation de ces derniers pourraient certainement passer par une mobilisation citoyenne organisée et intégrée à l’échelle métropolitaine.

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